Devenir propriétaire est-il encore possible pour les classes moyennes en France ?

Par Baptiste BIALEK le 13 février 2026 à 06:45

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Devenir propriétaire est-il encore possible pour les classes moyennes en France ?

Devenir propriétaire reste un rêve massif en France, mais pour les classes moyennes, la marche devient de plus en plus haute. Entre prix immobiliers qui grimpent, crédit plus contraignant et frais de transaction lourds, l’accès à la propriété se verrouille.

Pourquoi devenir propriétaire devient inaccessible pour les classes moyennes

Explosion des prix immobiliers et décrochage des revenus

Sur les vingt dernières années, les prix de l’immobilier ont progressé bien plus vite que les revenus des ménages. Dans de nombreuses zones tendues, cette hausse dépasse largement l’évolution des salaires, créant un décrochage durable entre capacité d’achat et prix des biens.

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Aujourd’hui, il faut mobiliser en moyenne 15 années de revenus pour acquérir un logement standard, contre une dizaine au début des années 2000. Cette évolution pénalise directement les classes moyennes, dont l’épargne progresse lentement et dépend principalement du salaire.

Résultat : l’achat immobilier devient un projet de long terme, souvent reporté ou redimensionné, avec des surfaces plus petites ou des localisations plus éloignées des bassins d’emploi.

Allongement des crédits et hausse du taux d’effort immobilier

Pour compenser la hausse des prix, les ménages s’endettent plus longtemps. Les durées de crédit s’étendent désormais fréquemment entre 25 et 29 ans, ce qui augmente mécaniquement le coût total du logement.

Dans ce contexte, le taux d’effort immobilier des classes moyennes dépasse 26 %, un niveau supérieur à la moyenne européenne. Cette contrainte fragilise les budgets familiaux et limite la capacité à absorber les aléas de la vie.

Conséquence directe : l’accession se concentre progressivement chez les ménages plus âgés et plus aisés, laissant une part croissante des classes moyennes durablement à l’écart de la propriété.

Crédit immobilier et fiscalité un double verrou pour l’accession

Conditions d’emprunt plus strictes pour les primo-accédants

L’accès au crédit immobilier est devenu plus sélectif, en particulier pour les primo-accédants issus des classes moyennes. Les banques exigent un apport personnel plus élevé, tout en appliquant des critères stricts sur la stabilité professionnelle et le taux d’endettement.

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Pour de nombreux ménages, constituer cet apport représente un obstacle majeur. L’épargne disponible progresse lentement, tandis que les dépenses contraintes pèsent davantage sur le budget. Sans soutien familial, le projet d’achat se trouve souvent repoussé de plusieurs années.

Cette sélection par le crédit exclut progressivement une partie des actifs pourtant solvables sur le long terme, mais jugés trop fragiles à court terme par les établissements financiers.

Fiscalité immobilière et coûts de transaction en France

Au-delà du financement, la fiscalité immobilière constitue un frein structurel à la fluidité du marché. Les droits de mutation à titre onéreux figurent parmi les plus élevés d’Europe et alourdissent fortement le coût d’acquisition.

Ces frais, payés comptant lors de l’achat, mobilisent une part importante de l’épargne des ménages et réduisent d’autant leur capacité à investir dans le bien lui-même. Pour les classes moyennes, ce surcoût peut faire basculer un projet du côté de l’abandon.

À l’échelle du marché, cette fiscalité limite la mobilité résidentielle et contribue à figer l’accès à la propriété au profit des ménages déjà installés.

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Quelles solutions pour relancer l’accession à la propriété abordable

Dispositifs alternatifs comme le bail réel solidaire et le démembrement

Face au blocage du modèle classique, des solutions alternatives émergent pour faciliter l’accession des classes moyennes. Le bail réel solidaire permet par exemple de dissocier le foncier du bâti, réduisant significativement le prix d’achat pour les ménages.

Le démembrement de propriété ou les formes d’accession hybride offrent également des pistes intéressantes. En limitant la part financée immédiatement, ces dispositifs rendent l’achat plus accessible tout en sécurisant le parcours résidentiel sur le long terme.

Encore peu connus du grand public, ces mécanismes nécessitent toutefois un accompagnement renforcé pour être pleinement compris et adoptés.

Propositions de l’Institut Montaigne pour les classes moyennes

L’Institut Montaigne propose une série de mesures visant à fluidifier l’accès à la propriété. Parmi elles figurent la mobilisation accrue du foncier public, la lutte contre la vacance des logements et la transformation de bureaux vacants en logements.

D’autres propositions ciblent l’innovation patrimoniale, comme le développement du viager mutualisé ou la création de prêts facilitant la transmission intergénérationnelle de l’apport. L’objectif est de mieux répartir l’effort d’accession entre générations.

Ces leviers, combinés à une politique du logement plus lisible, pourraient redonner une place centrale aux classes moyennes dans l’accès à la propriété.