Présenté comme inviolable, le compteur Linky est aujourd’hui au cœur d’une vague de fraudes qui inquiète sérieusement Enedis. Derrière des économies apparentes sur les factures d’électricité se cachent des manipulations illégales, des réseaux organisés et des sanctions pénales souvent largement sous-estimées.
Une fraude au compteur Linky qui explose en France
Pourquoi les compteurs Linky attirent de nouveaux fraudeurs
Le compteur Linky devait compliquer la fraude grâce à sa communication permanente avec le réseau. Pourtant, il est devenu une nouvelle cible. Sa généralisation sur l’ensemble du territoire a mécaniquement augmenté le nombre de points attaquables, attirant des individus expérimentés mais aussi des réseaux structurés.
Contrairement aux idées reçues, ces compteurs ne sont pas « piratés » à distance. Les fraudes reposent sur des interventions physiques, souvent discrètes, qui modifient le circuit de comptage. Le compteur continue de fonctionner, mais n’enregistre plus qu’une partie de la consommation réelle.
Hausse des prix de l’électricité et effet d’opportunité
La flambée des prix de l’énergie agit comme un accélérateur. Pour certains ménages sous pression budgétaire, la tentation d’une baisse artificielle de facture devient plus forte. Des économies promises allant jusqu’à 75 % suffisent à franchir la ligne rouge.
Cette fraude est aussi portée par une forme de banalisation. Certains usagers estiment qu’un « ajustement » ne lèse personne. En réalité, le vol d’électricité génère des pertes qui se répercutent sur l’ensemble des consommateurs et fragilise le réseau.
Enedis évoque aujourd’hui plusieurs milliers de cas détectés, avec un phénomène probablement sous-estimé. Car tant que les anomalies restent invisibles, la fraude peut durer des mois avant d’être repérée.
Comment les compteurs Linky sont fraudés en pratique
Les techniques de manipulation les plus utilisées
Les méthodes employées visent toutes le même objectif : réduire artificiellement l’électricité enregistrée. La plus répandue consiste à créer une dérivation en amont du système de mesure, afin qu’une partie du courant échappe au comptage.
Ces interventions ne nécessitent pas de matériel complexe. Un simple tournevis, des gants isolants et de solides connaissances en électricité peuvent suffire. C’est ce caractère accessible qui rend la fraude particulièrement dangereuse.
Une fois la manipulation effectuée, le compteur est refermé avec un scellé remplacé ou imité. À l’œil nu, le coffret semble intact, tandis que la consommation réelle du logement est largement sous-évaluée, générant un risque majeur d’incendie.
Le rôle des réseaux organisés sur les réseaux sociaux
De nombreux particuliers ne manipulent pas eux-mêmes leur compteur. Ils font appel à des intermédiaires qui proposent ces services illégaux sur des plateformes chiffrées comme Telegram ou Snapchat.
Moyennant quelques centaines d’euros, ces pseudo-techniciens promettent des factures allégées et un faible risque de détection. Leur discours rassurant masque une réalité simple : le client devient pénalement responsable au même titre que l’auteur de la fraude.
Cette organisation rappelle des réseaux de délinquance structurée, où chaque intervention alimente un système illégal en pleine expansion.
Enedis face à la fraude
Comment Enedis détecte les compteurs trafiqués
Contrairement à une idée répandue, le compteur Linky n’est pas passif. Il intègre plusieurs systèmes d’alerte capables de signaler des incohérences entre l’énergie consommée et la puissance réellement appelée.
Ces anomalies sont analysées par des équipes spécialisées d’Enedis. Environ 250 agents dédiés surveillent en continu les données remontées par les compteurs afin d’identifier des comportements atypiques.
Lorsqu’un doute sérieux est détecté, une intervention sur site peut être déclenchée. Les techniciens vérifient alors l’intégrité du coffret, des scellés et des branchements, au risque parfois de découvrir des installations dangereuses.
Les sanctions pénales et financières encourues
Truquer un compteur Linky est assimilé à un vol d’énergie et à une escroquerie. Les conséquences judiciaires sont souvent largement sous-estimées par les fraudeurs.
En cas de condamnation, les sanctions peuvent aller jusqu’à 10 ans de prison et 1 million d’euros d’amende. À cela s’ajoutent le remboursement de l’électricité détournée, les frais d’intervention et la remise en conformité de l’installation.
Face à ces risques, les économies espérées apparaissent dérisoires. Enedis rappelle que toute intervention sur un compteur scellé est strictement interdite et expose l’abonné à des conséquences lourdes et durables.