Crise du logement : le gouvernement sort enfin les grands moyens ?

Par B.B. le 13 mars 2026 à 16:45

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Crise du logement : le gouvernement sort enfin les grands moyens ?

400 000 logements par an. C’est le chiffre qu’a lâché Lecornu le 23 janvier 2026 à Rosny-sous-Bois — comme on pose un ultimatum. La France n’avait pas construit à ce rythme depuis les années 1960. Et pour cause : en 2024, les mises en chantier sont tombées à 250 000 unités. Le plancher le plus bas depuis 1956.

Une crise historique : les chiffres qui font peur

22 % de mises en chantier en moins en un an

Entre décembre 2024 et novembre 2025, le secteur a perdu plus d’un logement sur cinq. Pas une correction. Un effondrement. Les constructeurs de maisons individuelles sont les plus touchés : seulement 70 000 mises en chantier prévues pour 2025, contre près du double trois ans plus tôt.

Les causes ? Taux d’emprunt qui ont bondi de trois points en deux ans, coûts des matériaux en hausse de 30 à 40 % depuis 2019, normes environnementales qui se durcissent. Résultat : les promoteurs abandonnent des projets, les ménages renoncent à acheter.

2,9 millions de ménages sans logement social

C’est le chiffre qui devrait embarrasser tout gouvernement. 2,9 millions de dossiers en attente chez les bailleurs sociaux — et une offre locative globale qui a chuté de 15 % en cinq ans. Les Français consacrent en moyenne 28 % de leurs revenus au logement. Les étudiants, les apprentis, les jeunes actifs : ce sont eux qui absorbent le plus durement la pression.

Ce qui change tout ? La crise n’est plus conjoncturelle. Elle est structurelle. Et le gouvernement vient officiellement de l’admettre.

Le plan Lecornu : ce qui change vraiment

Le dispositif Jeanbrun remplace le Pinel

Fini le Pinel, avec ses contraintes de zonage et ses plafonds jugés trop rigides. Le nouveau dispositif Jeanbrun s’applique partout en France — zones tendues ou non. Concrètement : vous achetez un logement neuf ou ancien (avec au moins 30 % de travaux), vous le louez neuf ans en respectant des plafonds de loyer, et vous bénéficiez d’un avantage fiscal immédiat.

Autre nouveauté qui compte : le déficit foncier s’impute désormais sur l’ensemble des revenus du foyer. Si vos charges dépassent vos loyers, la différence vient réduire salaires et pensions. Un levier puissant, surtout pour les contribuables fortement imposés.

500 millions pour les bailleurs sociaux

L’État débloque une enveloppe de 500 millions d’euros supplémentaires pour 700 bailleurs sociaux. L’objectif affiché : 125 000 logements sociaux livrés ou mis en chantier dès 2026. Ces fonds proviennent en partie d’un allègement de la Réduction du Loyer de Solidarité — une ponction instaurée en 2017 qui pesait lourd sur les finances HLM.

Emmanuelle Cosse, présidente de l’USH, a salué l’annonce. Elle juge l’objectif atteignable. Ce qui reste à prouver sur le terrain.

Ce que ça change pour les acheteurs et investisseurs

PTZ élargi à tout le territoire

Depuis le 1er avril 2025, le Prêt à Taux Zéro couvre l’ensemble du territoire français — zones tendues ou non. Les maisons individuelles neuves réintègrent le dispositif, après en avoir été exclues depuis 2023. Le PTZ peut désormais financer jusqu’à 40 % du coût de l’opération en zone A et B1.

Résultat : 6 millions de ménages supplémentaires sont potentiellement éligibles. Pour un primo-accédant en zone rurale, c’est un changement concret — pas cosmétique.

Zones à bâtir d’urgence : les dérogations aux normes

C’est l’angle le moins médiatisé du plan, mais probablement le plus structurant. Dans certaines zones désignées, les porteurs de projets bénéficieront de dérogations aux normes urbanistiques — sur le modèle de la reconstruction de Notre-Dame ou des chantiers olympiques. Moins de délais, moins de blocages administratifs.

Les maires volontaires disposeront d’outils spécifiques pour accélérer les permis et débloquer le foncier. L’État assume enfin son rôle d’aménageur stratège.

À retenir : ce plan ne se limite pas à des incitations fiscales. Il vise à déverrouiller un système grippé — normes, urbanisme, financement — en partant du terrain.