DPE truqués : quand la pression réglementaire pousse à la fraude énergétique

Par Cyril KUHM le 02 janvier 2026 à 11:45

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DPE truqués : quand la pression réglementaire pousse à la fraude énergétique

Longtemps présenté comme un outil objectif, le diagnostic de performance énergétique est aujourd’hui au cœur de nombreuses dérives. À mesure que les interdictions de location se durcissent, la tentation de « gagner une lettre » augmente, révélant un système sous forte pression réglementaire et économique.

Pourquoi la fraude au DPE progresse en 2025

Un enjeu financier majeur pour les propriétaires

Le DPE conditionne désormais directement la possibilité de louer ou de vendre un logement. Une mauvaise note peut entraîner une perte immédiate de valeur, voire l’impossibilité de générer des revenus locatifs.

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Pour certains propriétaires, notamment ceux ayant investi dans des logements anciens, l’enjeu dépasse le simple rendement. Il s’agit parfois de préserver un patrimoine constitué sur plusieurs décennies.

Dans ce contexte, la pression financière crée un terrain propice aux dérives, en particulier lorsque quelques ajustements suffisent à changer de classe énergétique.

Des échéances réglementaires de plus en plus contraignantes

Depuis 2025, les logements classés G sont interdits à la location. Les classes F suivront en 2028, puis les E en 2034. Cette trajectoire réglementaire progressive alimente une forme d’anticipation anxieuse.

À l’approche de chaque échéance, la valeur des lettres intermédiaires devient stratégique. Obtenir un D plutôt qu’un E peut repousser une interdiction de plusieurs années.

Cette mécanique transforme le DPE en outil de survie réglementaire plus qu’en simple indicateur énergétique, ce qui explique en partie l’augmentation des comportements frauduleux.

Chiffres clés et mécanismes de la fraude au DPE

Les incohérences révélées par l’étude KRNO

Selon les données publiées par la société KRNO, spécialisée dans l’analyse des diagnostics énergétiques, 4,3 % des DPE seraient erronés, soit une hausse de 65 % depuis 2021.

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Dans le détail, 10,9 % des logements classés F seraient en réalité des passoires thermiques notées G. Le phénomène concerne également les classes intermédiaires, avec 16,1 % des DPE E requalifiables en F.

Ces écarts, statistiquement significatifs, interrogent sur la fiabilité globale du dispositif, d’autant plus qu’ils se concentrent autour des seuils réglementaires.

Comment certains diagnostics sont artificiellement améliorés

Les fraudes ne reposent pas toujours sur des falsifications grossières. Elles prennent souvent la forme d’interprétations favorables de données techniques ou d’hypothèses avantageuses.

Isolation surestimée, systèmes de chauffage mal renseignés ou surfaces incorrectement déclarées peuvent suffire à modifier le calcul final.

Dans certains cas, la pression exercée sur le diagnostiqueur, voire la corruption directe, vise un objectif précis : obtenir un gain d’une classe énergétique sans travaux réels.

Contrôles renforcés et limites du système actuel

Nouvelles règles pour les diagnostiqueurs depuis octobre 2025

Face à la montée des dérives, les pouvoirs publics ont durci le cadre de contrôle des professionnels. Depuis le 1er octobre 2025, un diagnostiqueur ne peut plus réaliser plus de 1 000 DPE sur 12 mois glissants.

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Les organismes de certification font également l’objet d’audits plus fréquents, avec des sanctions pouvant aller jusqu’au retrait d’agrément.

Ces mesures visent à limiter les diagnostics de complaisance, mais elles renforcent aussi la pression sur une profession déjà fortement sollicitée.

Effets pervers de la réglementation sur le marché immobilier

Si le renforcement des contrôles paraît logique, il ne traite pas la cause profonde du problème. Un cadre réglementaire rigide peut encourager des comportements d’évitement plutôt qu’une amélioration réelle du parc immobilier.

Certains propriétaires honnêtes se retrouvent contraints de frauder pour éviter une dévalorisation brutale de leur bien, sans toujours avoir la capacité financière de réaliser des travaux lourds.

Dans ce contexte, le DPE devient parfois un facteur de distorsion du marché, révélant les limites d’une régulation fondée principalement sur la sanction.