Une studette de 5,82 m² vendue 60 700 € dans le 18e à Paris, avec vue sur Montmartre : l’annonce fait le buzz, mais pose surtout une question simple. Peut-on vraiment parler de logement sous 8 m², et à quelles conditions une telle vente reste légale ?
Une studette de 6 m² à Paris qui fait polémique
Un bien atypique dans le 18e arrondissement
Située dans le 18e arrondissement de Paris, cette studette attire d’abord par sa promesse : une vue directe sur Montmartre, un quartier vivant et recherché, et un accès à un jardin partagé. Présentée comme « prête à vivre », l’annonce coche en apparence plusieurs cases appréciées par les investisseurs et les acquéreurs à petit budget.
Mais très vite, la réalité rattrape l’effet vitrine. La surface annoncée atteint 5,82 m², et chute à environ 4,8 m² une fois les équipements fixes déduits. Un volume extrêmement réduit, loin des standards habituellement associés à un logement décent, même à Paris.
Un prix qui choque mais reste dans le marché parisien
Affichée à 60 700 euros, la studette dépasse les 10 000 euros le mètre carré. Un chiffre qui peut sembler excessif pour une surface aussi minuscule, mais qui s’inscrit pourtant dans la moyenne des prix parisiens, notamment dans les quartiers proches de Montmartre.
Ce paradoxe illustre une réalité bien connue du marché immobilier parisien : la rareté prime sur la surface. Même les biens les plus extrêmes trouvent preneur, portés par la tension immobilière, la spéculation et la recherche de placements perçus comme sécurisés.
Reste une interrogation majeure : au-delà du prix, ce type de bien peut-il réellement être considéré comme un logement au sens légal du terme ?
Prix au m² à Paris
Pourquoi 10 000 €/m² reste une norme
Avec un prix supérieur à 10 000 €/m², cette studette ne constitue pas une exception à Paris. Dans de nombreux arrondissements, ce seuil est devenu une référence, y compris pour des biens de très petite surface. La localisation, la proximité des transports et l’attractivité touristique jouent un rôle déterminant dans la formation des prix.
À surface égale, un micro-logement situé près de Montmartre ou dans un quartier central se valorise bien davantage qu’un bien plus grand en périphérie. Le marché parisien fonctionne avant tout par rareté foncière, ce qui limite mécaniquement toute baisse significative des prix.
Comparaison avec d’autres micro-logements parisiens
Ces dernières années, plusieurs ventes de studios ou chambres de service de moins de 9 m² ont régulièrement fait la une. Certaines ont été conclues à des montants comparables, voire supérieurs, confirmant l’existence d’un segment spécifique du marché : celui du micro-logement.
Ces biens ciblent principalement des investisseurs, mais aussi des acheteurs en quête d’un pied-à-terre ou d’un actif patrimonial. Toutefois, leur rentabilité et leur usage réel restent étroitement liés à leur conformité juridique, un point souvent sous-estimé lors de l’achat.
Car si le prix au mètre carré peut sembler cohérent, encore faut-il que le bien respecte les critères permettant de l’occuper ou de le louer légalement.
Est-ce légal de vendre un logement de moins de 8 m²
Ce que dit la loi sur la surface minimale
En France, aucun texte n’impose une surface minimale pour vendre un bien immobilier. Il est donc possible de céder une cave, un box ou une très petite pièce, sans seuil plancher. En revanche, la loi fixe des règles strictes dès lors qu’un bien est présenté comme un logement.
Un bien dont la surface est inférieure à 8 m² ne peut pas être qualifié légalement de logement. En dessous de ce seuil, il est interdit de le louer pour y habiter, même à titre temporaire. La mention précise de la surface devient obligatoire à partir de 8 m², afin d’éviter toute tromperie.
Logement indigne et risques juridiques
Présenter un bien de moins de 8 m² comme un logement expose le vendeur à des sanctions civiles et pénales. Les poursuites peuvent viser une publicité trompeuse, mais aussi la mise sur le marché d’un logement considéré comme indigne.
On estime aujourd’hui qu’environ 400 000 logements en France entrent dans cette catégorie, en raison d’une surface insuffisante, de problèmes d’insalubrité ou de l’absence de confort minimal. Ces situations alimentent régulièrement le débat sur les dérives du marché immobilier dans les grandes métropoles.
Ce type de vente, bien que légalement possible, illustre ainsi les limites d’un marché sous tension, où le prix et la localisation prennent parfois le pas sur la qualité de vie.