Dans deux ans, une partie du parc immobilier français change de règle. Le décret n° 2023-444, publié au Journal officiel le 8 juin 2023, impose un système de régulation de la température dans les logements neufs à partir de janvier 2027, puis dans l’existant à compter de janvier 2030. Concrètement, chaudières et radiateurs électriques devront pouvoir ajuster la chaleur pièce par pièce, sans intervention manuelle constante. Reste une question très concrète pour qui chauffe encore à l’ancienne : faut-il attendre l’échéance légale, ou s’équiper dès maintenant, quand certaines offres couvrent déjà l’installation sans frais ?
Ce que change le décret sur la régulation du chauffage
L’échéance touche d’abord les propriétaires qui construisent ou engagent une rénovation lourde, avant de s’étendre, en 2030, à l’ensemble des résidences occupées l’hiver. Le texte porte un nom plus long « décret relatif aux systèmes de régulation de la température des systèmes de chauffage et de refroidissement », mais son objectif tient en une phrase : équiper chaque logement d’un outil capable de moduler la chaleur selon l’usage réel des pièces. Le chauffage pèse près de 70 % de la consommation d’énergie d’un logement, selon l’Agence de la transition écologique. Pourtant, à peine 12 % des Français programment aujourd’hui leur installation, d’après l’association professionnelle IGNES. Un tel écart mesure l’ampleur du chantier règlementaire à venir. Certains fournisseurs anticipent déjà la bascule avec des outils spécialement conçus pour la bascule : c’est le cas du thermostat connecté proposé dans le cadre du partenariat entre Crédit Agricole et Voltalis, posé sur chaque radiateur électrique d’un logement éligible, sans frais de matériel ni d’installation.
Combien d’économies attendre réellement ?
Baisser la consigne d’un seul degré réduit la facture de chauffage d’environ 7 %. Une régulation fine, pièce par pièce, porte ce gain jusqu’à 15 %, selon une étude de l’Ademe publiée en septembre 2022. Sur un appartement chauffé à l’électrique et occupé toute la journée, un pilotage aussi fin représente vite plusieurs dizaines d’euros d’économie par mois en plein hiver. Le calcul varie néanmoins selon l’isolation du bâti, la surface chauffée et les habitudes du foyer : un logement mal isolé consomme davantage, même piloté finement. Un thermostat mal réglé n’apporte, lui, presque rien. Le laisser à 21 degrés en permanence, jour et nuit, annule l’essentiel du bénéfice attendu.
Comment fonctionne une offre gratuite dans la pratique ?
Le matériel installé fonctionne souvent sans box internet : une puce GSM le connecte directement au réseau mobile, et permet ainsi d’équiper aussi les logements dépourvus de connexion fixe. La compatibilité s’étend à tous les compteurs électriques, avec ou sans Linky. Plusieurs critères conditionnent en revanche l’accès à la gratuité :
- un logement chauffé à l’électricité et occupé l’hiver ;
- une adresse en France métropolitaine, hors îles non reliées par un pont ;
- au moins trois radiateurs à équiper, quinze au maximum sans étude particulière.
Le mécanisme financier reste peu connu : l’opérateur touche une rémunération de RTE, le gestionnaire du réseau électrique, en contrepartie d’une capacité d’ajustement de quelques minutes lors des pics de consommation nationale. Cinq étapes séparent la demande de l’installation : vérification de l’éligibilité, signature d’un devis à 0 euro, confirmation téléphonique du rendez-vous, pose par un technicien agréé, puis pilotage via une application mobile. L’engagement contractuel dure trois ans, mais les clients Crédit Agricole en sont exonérés en cas de résiliation anticipée. Sur Trustindex, le service affiche une note de 4,5 sur 5 pour près de 6 900 avis. Une limite mérite d’être signalée : la solution ne concerne que le chauffage électrique par radiateurs, ni les pompes à chaleur, ni les chaudières à eau.
Une pièce du puzzle, pas une rénovation à elle seule
Le thermostat connecté agit sur la manière de consommer, jamais sur la source des déperditions. Un logement mal isolé continuera de perdre de la chaleur, quelle que soit la finesse du pilotage installé. Les aides à la rénovation énergétique (isolation des combles, changement de chaudière, remplacement des menuiseries) ciblent justement l’autre moitié du problème, en général mieux financée que la simple régulation. Combiner les deux leviers change l’ordre de grandeur : un pilotage intelligent posé après des travaux d’isolation amplifie l’économie constatée, quand le même boîtier sur un logement passoire masque à peine l’ampleur des pertes. Avant de s’équiper, un diagnostic de performance énergétique donne une idée plus juste de la priorité à traiter en premier.
Reste une question de calendrier personnel. Attendre 2030 expose à une installation dans l’urgence, au moment où la demande explosera chez tous les artisans du secteur concerné. S’équiper dès maintenant, quand l’offre reste gratuite et sans engagement financier, revient à anticiper une obligation qui, de toute façon, finira par s’imposer au logement.