À Marseille, la lutte contre les locations touristiques prend un tournant spectaculaire. En s’attaquant directement aux boîtes à clés Airbnb installées dans l’espace public, la mairie veut frapper fort contre le surtourisme et remettre des logements sur le marché résidentiel.
Pourquoi Marseille s’attaque aux boîtes à clés Airbnb
Un symbole du surtourisme et de la crise du logement
À Marseille, les boîtes à clés Airbnb sont devenues le symbole visible de l’explosion des locations de courte durée. Accrochées aux poteaux, grilles ou arceaux à vélos, elles matérialisent une ville de plus en plus tournée vers les touristes, au détriment des habitants.
Pour la municipalité, cette situation alimente directement la crise du logement. Dans certains quartiers centraux, jusqu’à un logement sur quatre serait désormais dédié à la location saisonnière, réduisant drastiquement l’offre locative classique.
En retirant ces boîtes à clés de l’espace public, la mairie cherche avant tout à envoyer un signal politique fort, visible et compréhensible par tous.
Des milliers de logements sortis du marché classique
Selon les chiffres avancés par la ville, Marseille compterait environ 12 000 meublés touristiques. Autant de logements qui ne sont plus accessibles aux résidents permanents, dans un contexte de tension immobilière croissante.
En 2023, près de 1 200 logements auraient ainsi été perdus, transformés en résidences secondaires ou en locations de courte durée. Une évolution jugée incompatible avec les besoins locaux en matière d’habitat.
L’opération menée dans le Vieux-Port vise donc autant à décourager les pratiques abusives qu’à amorcer un rééquilibrage du marché immobilier marseillais.
Ce que dit la loi sur les boîtes à clés dans l’espace public
Occupation illégale du domaine public
D’un point de vue juridique, la mairie s’appuie sur le code de la voirie pour justifier ces retraits. Les boîtes à clés fixées sur le mobilier urbain constituent une occupation sans autorisation du domaine public, ce qui les rend illégales.
Avant toute intervention, les services municipaux avaient apposé des mises en demeure sur les boîtes concernées. En l’absence de retrait volontaire par les propriétaires, la ville est donc passée à l’action.
Cette base légale permet à la municipalité d’agir sans distinction entre plateformes, même si Airbnb reste la plus visée dans le débat public.
La loi Le Meur et la limitation à 90 jours
En parallèle, Marseille a décidé d’appliquer la loi Le Meur, qui autorise les communes à réduire la durée maximale de location des résidences principales en meublé touristique.
Désormais, la location est limitée à 90 jours par an, contre 120 auparavant. L’objectif est clair : limiter la rentabilité des locations touristiques répétées et inciter les propriétaires à revenir vers la location longue durée.
Cette mesure place Marseille dans la lignée d’autres villes très touristiques ayant déjà renforcé leur cadre réglementaire.
Vers une généralisation des interdictions en France
Paris, Nice, Cannes et Avignon déjà concernées
Marseille n’est pas un cas isolé. Paris a déjà interdit les boîtes à clés sur le mobilier urbain par arrêté municipal, déclenchant une vaste campagne de retrait dans plusieurs arrondissements.
D’autres villes très touristiques comme Nice, Cannes ou Avignon ont adopté des mesures similaires, souvent justifiées par la lutte contre le surtourisme et la protection du logement résidentiel.
Cette convergence des politiques locales montre une volonté nationale de reprendre le contrôle sur les usages liés aux locations de courte durée.
Quelles alternatives pour les propriétaires Airbnb
Face à ces interdictions, les propriétaires doivent repenser la remise des clés. Certains se tournent vers des solutions privées autorisées, comme des coffres installés à l’intérieur des logements ou des services de conciergerie.
D’autres optent pour des systèmes de serrures connectées, permettant un accès temporaire sans installation sur l’espace public. Des alternatives légales, mais souvent plus coûteuses.
À travers ces restrictions, les municipalités cherchent surtout à rééquilibrer les usages urbains et à freiner la transformation massive des centres-villes en zones touristiques.