Malgré un cadre légal strict, la discrimination raciale dans l’accès au logement reste une réalité en France. Une nouvelle campagne de testing menée en 2026 révèle qu’une part importante des agences immobilières continue d’accepter, voire de faciliter, des pratiques pourtant interdites.
Discrimination raciale dans la location un phénomène toujours massif
Les résultats du testing SOS Racisme 2026
La campagne de testing menée par SOS Racisme en 2026 repose sur près de 200 agences immobilières contactées dans toute la France. Le scénario est simple : des testeurs se font passer pour des propriétaires demandant explicitement d’écarter certains profils en fonction de leur origine.
Les résultats confirment une réalité préoccupante. Si un peu plus de la moitié des agences refusent clairement toute discrimination, près de 50 % acceptent ou facilitent ces pratiques illégales. Un quart applique directement la consigne, tandis qu’un autre quart adopte une posture plus ambiguë, laissant faire le propriétaire.
Une situation inchangée depuis plusieurs années
Ces chiffres sont quasiment identiques à ceux observés lors des précédents testings réalisés en 2019 et 2022. Autrement dit, aucune amélioration notable n’a été enregistrée en six ans, malgré une prise de conscience publique et médiatique.
Cette stabilité interroge l’efficacité des dispositifs mis en place. La répétition des mêmes résultats souligne le caractère structurel des discriminations dans l’immobilier locatif et pose la question des leviers réellement capables de faire évoluer les pratiques.
Le rôle des agences immobilières au cœur du problème
Acceptation active ou complicité passive
Les testings révèlent des comportements variés, mais tout aussi problématiques. Certaines agences acceptent explicitement d’écarter des candidats en fonction de critères raciaux, en assumant pleinement une pratique pourtant interdite.
D’autres adoptent une posture plus indirecte. Elles affirment présenter tous les dossiers, tout en reconnaissant que le propriétaire fera un tri discriminatoire. Cette attitude relève d’une complicité passive, mais participe tout autant à l’exclusion de certains locataires.
Des pratiques contraires à la loi mais assumées
Plusieurs témoignages recueillis lors du testing montrent une connaissance claire du cadre légal. Des agents reconnaissent que la discrimination constitue un délit, tout en indiquant qu’ils appliqueront malgré tout la consigne.
Dans certains cas, les instructions sont transmises oralement entre collègues pour éviter toute trace écrite. Ces pratiques illustrent un décalage persistant entre la loi et la réalité du terrain, où la pression commerciale et la relation avec le propriétaire prennent le pas sur le respect des règles.
Sanctions rares et dispositifs inefficaces
Formations obligatoires mais peu contrôlées
À la suite des premiers testings, l’État a rendu certaines formations obligatoires pour les professionnels de l’immobilier. Leur objectif est de rappeler le cadre légal et les risques encourus en cas de discrimination.
Dans les faits, ces formations restent souvent insuffisantes. Elles sont fréquemment suivies à distance, se limitent à une présentation théorique de la loi et ne couvrent pas l’ensemble des personnes en contact avec les propriétaires. Leur impact concret sur les pratiques demeure donc très limité.
Pourquoi les victimes portent rarement plainte
La difficulté à prouver une discrimination, la peur des représailles ou la crainte de démarches longues expliquent en grande partie le faible nombre de plaintes. On estime ainsi que 97 % des victimes ne saisissent jamais la justice.
Les chiffres judiciaires illustrent ce déséquilibre. En 2023, sur plus de 650 personnes mises en cause pour discrimination, seules cinq ont été condamnées. Une réalité qui renforce le sentiment d’impunité et freine toute évolution durable des pratiques.