Fait rare : après avoir interdit progressivement la location des passoires thermiques, le gouvernement commence à assouplir sa position. Entre crise du logement, chute de l’offre locative et critiques croissantes du DPE, 2026 marque peut-être un tournant pour des millions de propriétaires.
Le DPE est devenu bien plus qu’un simple diagnostic
D’un outil d’information à une arme réglementaire
À l’origine, le diagnostic de performance énergétique avait une mission simple : informer les acheteurs et les locataires sur la consommation d’un logement. Mais au fil des années, son rôle a profondément évolué. Avec la loi Climat et Résilience de 2021, le DPE est devenu opposable et a servi de base à l’interdiction progressive de louer certains biens classés F ou G.
Pour de nombreux acteurs de l’immobilier, cette transformation a fait passer un outil d’information à un véritable levier de contrainte. La France fait d’ailleurs partie des pays les plus stricts sur ce sujet, avec des restrictions de location qui dépassent largement l’esprit initial des directives européennes.
Pourquoi les propriétaires dénoncent un système instable
La principale critique porte sur la fiabilité du calcul. Plusieurs études ont mis en évidence des écarts parfois importants entre les consommations réelles des occupants et les résultats affichés par le DPE. Résultat : un logement peut voir sa valeur diminuer fortement sur la base d’un diagnostic réalisé en quelques heures seulement.
Pour certains propriétaires bailleurs, l’enjeu est considérable. Un appartement acheté pour préparer sa retraite peut soudainement être considéré comme une passoire thermique et devenir difficile à louer sans engager des travaux parfois très coûteux.
Passoires thermiques, location, travaux ce qui change vraiment
Le délai de trois à cinq ans qui change la donne
Face à la tension du marché locatif, le gouvernement a annoncé un assouplissement important. Les propriétaires pourraient continuer à louer leur logement à condition de s’engager à réaliser les travaux nécessaires dans un délai de trois à cinq ans.
Cette mesure vise à éviter la sortie brutale de milliers de logements du parc locatif. Pour les bailleurs, elle offre davantage de temps pour planifier les rénovations et mobiliser les financements nécessaires.
Une crise locative déjà visible dans les grandes villes
Le débat autour du DPE dépasse désormais la seule question énergétique. Plusieurs observateurs pointent son impact direct sur l’offre de logements disponibles. À Paris, certaines estimations évoquent une baisse spectaculaire de l’offre locative ces dernières années.
Ce qui change tout ? Les pouvoirs publics reconnaissent désormais que la lutte contre les passoires thermiques doit être conciliée avec un autre défi majeur : permettre aux Français de se loger. L’équilibre entre transition énergétique et accès au logement devient l’un des sujets immobiliers les plus sensibles de 2026.
Le feuilleton du DPE n’est pas terminé
La directive européenne EPBD arrive en 2026
Si le gouvernement assouplit certaines règles aujourd’hui, de nouvelles obligations se profilent déjà. La directive européenne EPBD 2024/1275 doit être transposée en France à partir de septembre 2026.
Le texte prévoit notamment une réduction progressive des consommations énergétiques des bâtiments les moins performants d’ici 2030. Autrement dit, la pression réglementaire sur les logements énergivores devrait rester forte malgré les ajustements récents.
Ce que les bailleurs doivent surveiller maintenant
Les propriétaires ont obtenu un peu de répit, mais pas une remise à zéro des règles. Les futurs ajustements du DPE, les évolutions de calcul et les nouvelles exigences européennes continueront d’influencer la rentabilité et la valeur des biens immobiliers.
Pour les bailleurs, la stratégie la plus prudente consiste désormais à anticiper les travaux de rénovation énergétique plutôt qu’à attendre de nouvelles modifications législatives. Le débat sur les passoires thermiques est loin d’être clos et pourrait encore connaître plusieurs rebondissements dans les prochaines années.