Près d’un logement classé F sur dix serait en réalité une passoire thermique G. Alors que le DPE conditionne désormais la location, la vente et la valeur d’un bien, les soupçons de fraude se multiplient. Faut-il encore faire confiance à ce diagnostic devenu incontournable ?
La fraude au DPE progresse malgré les contrôles
Une hausse marquée des diagnostics de complaisance
Le diagnostic de performance énergétique est devenu l’un des documents les plus importants du marché immobilier. Pourtant, sa fiabilité est de plus en plus remise en question. Selon une étude de la société KRNO, les diagnostics de complaisance auraient augmenté de 65 % entre 2021 et 2025.
Concrètement, certains propriétaires chercheraient à obtenir une meilleure note énergétique afin d’éviter une interdiction de louer ou une forte décote lors de la vente. Sur les 6,6 millions de DPE analysés dans la base de l’Ademe, les chercheurs ont identifié plusieurs anomalies statistiques difficiles à expliquer autrement.
Pourquoi certains logements sont surclassés
Les irrégularités apparaissent principalement autour des seuils de changement de classe énergétique. Résultat : des logements qui devraient être classés G se retrouvent parfois en F, tandis que certains F basculent artificiellement en E.
- 10,9 % des F seraient des G
- 16,1 % des E seraient des F
- 8 % des D seraient des E
Ce phénomène s’explique facilement. Depuis l’interdiction de louer les logements G en 2025, chaque lettre gagnée peut représenter plusieurs milliers d’euros d’économies ou préserver la rentabilité d’un investissement locatif.
Les conséquences d’un DPE erroné pour les propriétaires
Vente, location et décote immobilière
Le DPE n’est plus un simple document informatif. Il influence directement la valeur d’un logement et sa capacité à être loué. Une mauvaise note peut aujourd’hui avoir des conséquences financières très importantes.
D’après les données du Conseil supérieur du notariat, une maison classée G s’est vendue en moyenne 25 % moins cher qu’un bien classé D en 2024. Pour les logements classés F, la décote atteignait encore 18 %.
Dans ce contexte, la tentation d’améliorer artificiellement une note énergétique devient plus forte. Mais un diagnostic inexact peut se retourner contre le propriétaire en cas de contrôle ou de contestation par un acquéreur.
Les sanctions qui renforcent la pression
Depuis le 1er janvier 2025, les logements classés G sont considérés comme non décents et ne peuvent plus être proposés à la location. Cette interdiction s’étendra aux logements F en 2028 puis aux biens classés E en 2034.
Autrement dit, le classement énergétique détermine désormais l’avenir de nombreux biens immobiliers. Ce qui change tout ? Une simple lettre peut faire la différence entre un logement louable et un logement interdit sur le marché locatif.
Face à ces enjeux, les pouvoirs publics ont renforcé les contrôles des diagnostiqueurs, augmenté la fréquence des audits et limité le nombre de DPE réalisables chaque année par un même professionnel.
Comment choisir un diagnostiqueur fiable
Les vérifications à effectuer avant l’intervention
Pour limiter les risques, commencez par vérifier que le professionnel figure dans l’annuaire officiel des diagnostiqueurs certifiés. Cette démarche ne prend que quelques minutes et permet d’écarter de nombreux prestataires peu fiables.
Un professionnel sérieux présente également ses certifications, son assurance professionnelle et ses mentions légales de manière transparente. Avant toute intervention, exigez un devis détaillé précisant le contenu de la prestation et les éventuels frais complémentaires.
- Certification valide et vérifiable
- Devis écrit avant intervention
- Assurance professionnelle à jour
- Références claires et traçables
Les signaux d’alerte à repérer
La qualité d’un DPE se juge aussi sur le terrain. Un diagnostic réalisé en quelques minutes, sans prise de mesures ni inspection approfondie du logement, doit immédiatement éveiller les soupçons.
Un diagnostiqueur compétent examine généralement les équipements de chauffage, l’isolation, les combles, les ouvertures et différents éléments techniques du bâtiment. Cette phase d’observation représente une part essentielle du travail.
Si le tarif est annoncé uniquement par téléphone, sans document écrit, ou si l’intervention se limite à quelques questions posées autour d’une table, mieux vaut chercher un autre prestataire. Dans un marché où la valeur d’un logement dépend de plus en plus du DPE, la fiabilité du diagnostic reste la meilleure protection pour les propriétaires comme pour les acheteurs.