La Boisserie, la maison de Charles de Gaulle à Colombey, a reçu une offre : 1,5 million d'euros
La Boisserie, la maison de Charles de Gaulle à Colombey, a reçu une offre : 1,5 million d'euros
1,5 million d'euros. C'est la somme posée sur la table pour racheter La Boisserie, la demeure de Charles de Gaulle à Colombey-les-Deux-Églises. Les petits-fils du Général n'ont pas encore dit oui. L'un d'eux dit déjà non.

Image d’illustration : il ne s’agit pas du bien cité dans l’article.
Sommaire
Un vote le 18 septembre, et rien de signé
L'assemblée départementale de la Haute-Marne a autorisé son président, Nicolas Lacroix, à présenter une offre d'acquisition aux héritiers du Général pour cette maison historique. Montant : 1,5 million d'euros, mobilier compris. Le vote date du 18 septembre 2026, et il place La Boisserie au centre du débat national sur le patrimoine.
Attention au raccourci : cette autorisation ouvre la négociation, elle ne conclut rien. Il faudra un second vote pour valider une éventuelle vente de la maison. Et il faudra surtout que la famille de Gaulle réponde.
Le Département ne part pas de zéro sur ce site. Depuis le 1er mai 2026, il gère en direct La Boisserie et le musée du Mémorial Charles de Gaulle, avec 22 agents transférés. Autrement dit, il exploite déjà la demeure qu'il veut acheter, dans un secteur du tourisme rural où chaque monument historique compte.
Une maison qui n'a jamais été un bien immobilier comme les autres
La bâtisse date des environs de 1810. Ancienne brasserie transformée en maison de maître, elle est achetée en 1934 par un lieutenant-colonel encore inconnu du grand public. Ce qui le décide ? L'isolement et le calme, propices à l'écriture.
La Seconde Guerre mondiale laisse la maison familiale durement touchée. Les de Gaulle s'y réinstallent pour de bon en 1946. La tour, ajoutée à cette période, abrite le bureau où le Général écrit ses Mémoires — et où il meurt le 9 novembre 1970, terrassé par une rupture d'anévrisme.
Entre-temps, le site est devenu un décor diplomatique. En 1958, Charles de Gaulle y reçoit le chancelier allemand Konrad Adenauer : une réconciliation franco-allemande scellée dans un salon de campagne de la Haute-Marne, pas dans un palais. Yvonne de Gaulle, elle, y a tenu la maison pendant des décennies.
Le domaine couvre environ 2,5 hectares. La croix de Lorraine monumentale et le Mémorial, installés à quelques centaines de mètres, complètent ce lieu de mémoire visité toute l'année. À une trentaine de kilomètres de Chaumont, le village vit largement de ce parcours historique, entre l'abbaye voisine de Clairvaux et les routes du patrimoine haut-marnais.
Pierre de Gaulle détient la moitié des parts, et il refuse
Le blocage est familial. Après la mort de l'amiral Philippe de Gaulle, fils du Général, en 2024, la demeure familiale est revenue à ses fils. Pierre de Gaulle en détient 50 %. Ses frères, propriétaires du reste, ne s'opposent pas à la cession.
Lui, si. Il a lancé un appel aux dons pour garder la maison dans la famille et conteste l'idée d'un transfert à la collectivité. Résultat : une succession privée qui se déchire sous les projecteurs, avec des intérêts politiques qui s'invitent dans le dossier.
C'est là toute la particularité d'une maison historique : le droit successoral s'applique comme pour n'importe quel pavillon, mais le bien appartient symboliquement à tout un pays. La bataille d'héritage devient un sujet d'État.

Ce que vaut vraiment une demeure d'Histoire
Les chiffres d'estimation circulent et ils divergent franchement. Le service des Domaines a évalué le bien à 840 000 euros. Le groupe Mercure, spécialisé dans les propriétés de caractère, l'a situé autour de 1,2 million. L'offre déposée monte donc nettement au-dessus des deux.
Pourquoi cet écart ? Parce que trois valeurs se superposent sur un tel site :
- La valeur de marché locale : en Haute-Marne, le mètre carré d'une maison tourne autour de 1 000 euros, l'un des niveaux les plus bas de France.
- La valeur patrimoniale : murs anciens, parc de 2,5 hectares, mobilier d'époque conservé en l'état.
- La valeur mémorielle : elle ne figure dans aucun barème notarial, et c'est pourtant elle qui fait grimper l'enchère.
En clair, personne n'achète ici des mètres carrés. Le même phénomène joue sur d'autres biens hors norme, des hôtels particuliers parisiens transmis par héritage aux propriétés ultra-protégées comme la villa de Vincent Bolloré à Saint-Tropez : la rareté et le nom pèsent davantage que la surface.
Un point mérite d'être posé clairement. Une maison ouverte au public ne se revend pas comme une résidence secondaire : sa destination touristique, ses contraintes de conservation et son personnel pèsent sur toute transaction future. L'acheteur hérite d'un équipement culturel, pas d'un pied-à-terre.
Ce qui changerait pour les visiteurs
Le Département affiche un objectif simple : que la maison reste dans le domaine public et accessible à tous. Aujourd'hui, le circuit part du vestibule, traverse la pièce où la famille prenait ses repas, puis le salon, la bibliothèque et le bureau installé dans la tour. Cuisine et chambres du couple restent fermées au public.
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L'acquisition permettrait d'ouvrir une partie de ces pièces privées et de relier plus étroitement la demeure au Mémorial. Côté tarifs, comptez 6,50 euros l'entrée pour un adulte, 4,50 euros pour les 10-17 ans et les étudiants de moins de 23 ans, gratuit en dessous de 10 ans. La maison se visite tous les jours d'avril à septembre, et six jours sur sept le reste de l'année, à l'exception du mois de janvier.
À retenir : tant que la famille n'a pas tranché, rien ne bouge pour le visiteur. Les portes restent ouvertes, la propriété reste privée.
Les questions que tout le monde se pose
Quel est le prix proposé pour La Boisserie ?
1,5 million d'euros, mobilier inclus, proposé par le Département de la Haute-Marne. Les estimations préalables allaient de 840 000 euros (Domaines) à environ 1,2 million (groupe Mercure).
Peut-on visiter la maison de Charles de Gaulle à Colombey ?
Oui. La Boisserie se visite toute l'année sauf au mois de janvier, sans réservation pour les individuels. Les groupes d'au moins quinze personnes réservent leur visite guidée à l'avance auprès du site, qui affiche ses tarifs et ses horaires par saison.
Qui est propriétaire de la maison aujourd'hui ?
Les petits-fils de Charles de Gaulle, héritiers de l'amiral Philippe de Gaulle. Pierre de Gaulle détient la moitié des parts et s'oppose à la vente, ses frères se partagent le reste.
A Colombey-les-Deux-Eglises, La Boisserie, maison de Charles de Gaulle, a reçu une offre : voici le montant proposé aux héritiers https://t.co/whAqFRcpO1
— Ode le Media (@LeMediaOde) 21 septembre 2026
Reste une question que le prix ne réglera pas : à qui appartient la maison d'un homme devenu un symbole national ? Le débat, lui, ne se solde pas en euros. D'autres familles fortunées arbitrent leurs acquisitions de domaines sur des critères de confort ou de discrétion. Ici, la Haute-Marne joue une page d'histoire.












