Crédit immobilier : jusqu'à 1 600 € d'impôt en moins par an pour les familles, promet Retailleau
Crédit immobilier : jusqu'à 1 600 € d'impôt en moins par an pour les familles, promet Retailleau
Jusqu'à 1 600 euros d'impôt en moins par an. Bruno Retailleau veut rendre une part des intérêts du prêt immobilier déductible pour les familles qui achètent leur résidence principale. Le calcul part des intérêts d'emprunt, mais un plafond fiscal décide presque tout, pendant la quasi-totalité du crédit.

Sommaire
Ce que propose le candidat des Républicains
La mesure figure dans le programme logement « Mieux se loger, et moins cher », présenté le 28 mai 2026 à Maisons-Alfort, puis détaillée fin août. Son nom de campagne parle de déduction des intérêts du prêt immobilier. Le mécanisme décrit est en réalité une réduction d'impôt : une fraction des intérêts d'emprunt payés à la banque pour l'achat du logement vient diminuer l'impôt sur le revenu du foyer, sans rien déduire du revenu imposable.

La fraction grimpe avec la famille :
- Un enfant : 50 % des intérêts retenus, réduction plafonnée à 800 € par an.
- Deux enfants : 75 % des intérêts, plafond de 1 200 €.
- Trois enfants et plus : 100 % des intérêts, plafond de 1 600 €.
Le plafond suit une règle simple : 400 € de base, plus 400 € par enfant à charge. L'équipe du candidat évoque jusqu'à 220 000 familles concernées par an. La durée de l'avantage, son coût pour l'État et une éventuelle condition de revenu n'ont pas été précisés.
Pourquoi le plafond compte plus que le taux
Un ménage type sert de repère. Son emprunt immobilier de 250 000 € sur 21 ans, au taux moyen de 3,31 % relevé par Crédit Logement en août 2026, donne une mensualité d'environ 1 378 € hors assurance emprunteur. La première année, la part d'intérêts tourne autour de 8 100 €.
Avec deux enfants, 75 % de 8 100 € font 6 075 €. Le plafond ramène l'avantage fiscal à 1 200 €. Avec un enfant, même scénario : 4 050 € calculés, 800 € versés.
Le détail surprenant tient dans un chiffre. Pour une famille d'un, deux ou trois enfants, le plafond cesse de jouer au même seuil : 1 600 € d'intérêts par an. Sur notre prêt, ce niveau n'est atteint qu'avec un capital restant d'environ 48 000 €, soit les trois dernières années. Pendant les dix-huit premières, chaque famille touche donc son montant plafond, quel que soit le taux d'intérêt de son crédit.
Logement : Bruno Retailleau propose de déduire de l’impôt, les intérêts d’emprunt pour un prêt immobilier, en fonction du nombre d’enfants#BrunoRetailleau https://t.co/5XMVA3QKi5
— Public Sénat (@publicsenat) 15 septembre 2026
Conséquence pratique : emprunter plus, ou plus cher, ne rapporte rien de plus. Le dispositif agit comme une aide forfaitaire par enfant, versée via la déclaration de revenus.
Qui en profiterait vraiment
Une réduction d'impôt ne s'applique qu'à un impôt existant. Un foyer peu ou pas imposable n'en tire rien, ou seulement une partie, sauf si le texte prévoyait un crédit d'impôt remboursable. Ce point n'est pas tranché dans les annonces.
- Gagnants nets : familles imposables qui achètent leur résidence principale à crédit.
- Exclus : couples sans enfant, acheteurs comptant, achat d'une résidence secondaire ou d'un logement locatif.
- Zone grise : primo-accédants modestes, souvent déjà aidés par le prêt à taux zéro et ses conditions 2027, mais peu imposés.
Pour mesurer son propre cas, le point de départ reste la capacité d'emprunt fixée à 35 % des revenus : c'est elle qui fixe le montant du crédit, donc le montant des intérêts.
Un air de déjà-vu : le crédit d'impôt de 2007
La France a déjà testé l'idée. La loi du 21 août 2007 avait créé un crédit d'impôt sur les intérêts d'emprunt de l'habitation principale : 40 % des intérêts la première année, 20 % les quatre suivantes, sur 3 750 € d'intérêts au plus pour une personne seule et 7 500 € pour un couple. Un couple pouvait ainsi récupérer 3 000 € la première année, puis 1 500 € par an.
Pour faire le calcul : notre simulateur mensualités de prêt.
Le dispositif a été fermé aux prêts émis depuis le 1er janvier 2011. Depuis, comme le rappelle la fiche de service-public.fr sur les intérêts d'emprunt, aucun avantage n'existe pour une résidence principale ni pour une résidence secondaire.
Différence de taille : la version 2007 ne regardait pas le nombre d'enfants et durait cinq ans. Celle de 2026 cible les familles, avec des montants annuels plus modestes.
Aujourd'hui, seuls les bailleurs déduisent leurs intérêts
Le droit actuel réserve la déduction des intérêts d'emprunt immobilier aux logements loués, nus ou meublés. Le montant déductible dépend du régime d'imposition choisi dans la déclaration :
- Location nue au régime réel : intérêts et frais d'emprunt (frais de dossier, frais de garantie) déduits des revenus fonciers, à déclarer sur le formulaire 2044, ligne 250.
- Micro-foncier : sous 15 000 € de loyers, l'abattement forfaitaire de 30 % couvre déjà les intérêts.
- Location meublée : en micro-BIC, abattement de 50 % pour le meublé longue durée ou de tourisme classé et la chambre d'hôte (30 % pour le meublé de tourisme non classé) ; au régime réel BIC (souvent choisi en LMNP), les intérêts se déduisent en charge sur la déclaration 2031.
Les règles sont résumées par la réponse d'impots.gouv.fr sur les intérêts d'emprunt. Pour un investissement locatif, le choix entre régime micro et régime réel pèse souvent plus lourd que le taux du crédit.
Peut-on déduire les intérêts d'un prêt pour sa résidence principale ?
Non, pas en 2026. Les prêts émis depuis 2011 n'ouvrent aucun avantage fiscal à déclarer. La mesure Retailleau reste une promesse de campagne pour la présidentielle de 2027 : elle suppose une élection, puis un vote en loi de finances.
Si elle voyait le jour, la réduction s'ajouterait à la déclaration annuelle de revenus, comme l'ancien crédit d'impôt. D'ici là, le levier le plus sûr sur le coût du crédit reste la négociation : sur un prêt de 200 000 euros, la mensualité bouge déjà de plusieurs dizaines d'euros au moindre mouvement de taux.












