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CEE : supprimer ces certificats ferait gagner 8 € par plein, mais qui paierait vos travaux ?

La suppression des certificats d'économies d'énergie (CEE) ferait baisser le litre de carburant d'environ 16 centimes : un peu plus de 8 € par plein. Mais ce dispositif d'obligation des fournisseurs d'énergie finance la plupart des primes de rénovation énergétique. L'économie à la pompe se paierait sur les chantiers.

Suppression des CEE : 17 centimes par litre contre vos primes
Sommaire

Qui propose la suppression des CEE, et pourquoi maintenant ?

L'ancien ministre de l'Économie Bruno Le Maire a relancé l'idée sur TF1, en pleine flambée des prix à la pompe. Pour lui, le dispositif des certificats d'économies d'énergie est une « usine à gaz » : des centaines d'opérations, chacune avec sa fiche et son arrêté, pour des économies d'énergie jugées insuffisantes. Paradoxe : il l'a longtemps défendu depuis Bercy. Dans l'actualité de la rentrée, la suppression des CEE est devenue un argument de pouvoir d'achat, repris par plusieurs responsables de droite et par des députés.

Il n'est pas seul. Bruno Retailleau chiffre l'effet à 8,5 € par plein, sur la base de 17 centimes multipliés par un réservoir de 50 litres. Le calcul tient, à quelques centimes près : le coût du dispositif représentait 16,57 centimes par litre le 11 septembre 2026, contre environ 11 centimes en 2025 et 7,3 centimes en 2023.

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La hausse n'a rien d'un accident. La sixième période du dispositif, qui couvre 2026 à 2030, relève d'environ 27 % les obligations d'économies d'énergie des fournisseurs. Le budget passe de 6 milliards d'euros en 2025 à plus de 8 milliards en 2026. Cette facture, ce sont les consommateurs qui la portent, sur leur consommation de carburant comme sur celle de gaz ou d'électricité.

Comment fonctionne le dispositif des certificats d'économies d'énergie ?

Créé en 2005, le système repose sur une obligation imposée par l'État aux vendeurs d'énergie : électricité, gaz, fioul domestique, chaleur et froid, carburants. Chacun doit obtenir de ses clients des gains d'énergie, en payant une partie de leurs travaux ou en les poussant à en faire. En échange, il reçoit des certificats, comptés en kWh cumac (l'énergie économisée sur la durée de vie de l'équipement).

Chaque opération éligible est décrite dans une fiche d'opération standardisée, fixée par arrêté, qui précise le gain retenu. Les transactions sont inscrites au registre national Emmy, qui assure une forme de transparence sur les volumes et les prix. Un fournisseur qui n'atteint pas son objectif paie une pénalité ; le contrôle a été renforcé et les sanctions vont désormais jusqu'à 4 à 6 % du chiffre d'affaires.

  • Qui paie : les fournisseurs, qui répercutent le coût sur la facture et le prix du litre.
  • Qui reçoit : ménages, collectivités, secteur tertiaire, industrie, transport.
  • Volet social : une part de l'obligation est réservée aux ménages en précarité énergétique.
  • Contrôle : chaque installation financée doit respecter les critères techniques de sa fiche, sous peine de voir la prime refusée.

C'est pour cela que ses détracteurs parlent de taxe cachée. Elle ne passe pas par le budget public, mais par le prix payé à la pompe et sur la facture d'énergie.

Ce que vous gagneriez vraiment à la pompe

Prenons un ménage qui fait un plein de 50 litres par semaine, soit une cinquantaine par an. À 16,57 centimes le litre, le poids des certificats atteint environ 8,30 € par plein, un peu plus de 400 € sur l'année. C'est un calcul indicatif : il suppose que les distributeurs répercutent toute la baisse, ce que rien ne garantit.

Le coût ne s'arrête pas au carburant. En 2023, déjà, le dispositif pesait en moyenne 164 € par an et par ménage, soit 4,32 % de ses dépenses d'énergie, en comptant l'électricité et le gaz naturel. Avec la sixième période, ce montant a mécaniquement grimpé.

Pour un gros rouleur, l'argument porte. Pour un ménage qui roule peu mais prévoit des travaux, la même mesure peut coûter bien plus qu'elle ne rapporte. Le risque est simple : une économie étalée sur l'année d'un côté, une aide perdue en une fois de l'autre, au moment de l'installation d'un nouvel équipement.

Quelles primes rénovation disparaîtraient avec les CEE ?

La « prime énergie » versée par les fournisseurs vient directement de ce système. Selon la fiche prime énergie de service-public.fr, environ 60 types de travaux dans le logement sont concernés : isolation des murs, des toits et des fenêtres, pompe à chaleur, thermostat, production d'eau chaude sanitaire, ventilation. Le logement doit avoir plus de 2 ans, résidence principale ou secondaire, sans plafond de revenus.

Ce sont aussi les CEE qui financent les « coup de pouce », comme l'abandon d'une vieille chaudière fioul au profit d'une pompe à chaleur. Ils ont également servi au bonus écologique, au leasing social et à de grands projets industriels : 1,6 milliard d'euros pour sept sites, dont la moitié du four électrique d'ArcelorMittal.

La prime se cumule avec l'éco-PTZ et avec MaPrimeRénov' par geste, mais pas avec une rénovation d'ampleur. Or l'aide publique se resserre déjà : plusieurs travaux ne sont plus financés depuis septembre. Sans les certificats, une isolation ou un changement de chauffage perdrait souvent sa dernière aide. Le chèque énergie, lui, ne finance plus aucun travaux depuis le 15 février 2025.

Quand la suppression serait-elle effective ?

Pas demain. Le dispositif est inscrit dans le code de l'énergie (articles L221-1 et suivants) et la sixième période court jusqu'en 2030. Le supprimer demanderait une loi, puis des textes d'application pour solder les obligations en cours. À ce jour, il ne s'agit que d'une proposition politique : aucun texte n'a été adopté par le Parlement, ni à l'Assemblée nationale ni au Sénat. Un tel débat parlementaire prendrait des mois, et le gouvernement devrait trouver un autre plan de financement pour la rénovation énergétique.

Si vous avez un projet, rien ne change pour l'instant. La règle reste la même : accepter l'offre du fournisseur avant de signer le devis, puis passer par un artisan RGE. La demande se fait en ligne, et le fournisseur reste votre contact jusqu'au versement. Pour tout dossier, le point d'entrée des démarches est désormais le guichet unique France Rénov'.

Vos questions sur la fin des CEE

Mon plein baisserait-il tout de suite ?

Non. Il faudrait d'abord voter la suppression, puis que les distributeurs répercutent la baisse. Le gain théorique tourne autour de 8 € pour 50 litres au niveau de septembre 2026.

Une prime énergie déjà accordée serait-elle perdue ?

Personne ne peut le dire : aucune règle de transition n'existe, faute de texte. Tant que le dispositif est en vigueur, une prime acceptée avant la signature du devis et conforme à sa fiche est versée après les travaux.

Les CEE financent-ils MaPrimeRénov' ?

Non, ce sont deux aides distinctes. MaPrimeRénov' est versée par l'Anah ; la prime énergie vient des fournisseurs. Les deux se cumulent pour des travaux par geste.

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