Déclaration préalable, permis ou rien du tout : le vrai mode d'emploi des travaux chez vous
Dossier de location : les pièces qu'on peut vous demander, et les 17 qui sont interdites
Dix-sept documents sont interdits dans un dossier de location, et on vous les réclame encore. La liste des pièces justificatives exigibles par un bailleur est fermée depuis 2015 : quatre catégories de justificatifs, rien de plus. Savoir ce qu'un locataire doit fournir, et ce qu'il peut refuser de présenter, change la façon de préparer son dossier.

Sommaire
Quatre catégories, et rien d'autre
Le texte qui fait foi est le décret n° 2015-1437 du 5 novembre 2015, pris en application de la loi ALUR. Il fixe une liste limitative des pièces justificatives pouvant être demandées au candidat locataire et à sa caution. Limitative veut dire fermée : ce qui n'y figure pas ne se réclame pas.
La liste s'organise en quatre catégories. Le propriétaire ne peut exiger qu'un seul document par catégorie, sauf pour les ressources, où plusieurs justificatifs sont admis. C'est l'information que la plupart des candidats ignorent, et qui explique bien des dossiers de location trop épais. Aucune condition supplémentaire ne peut être ajoutée : ni ancienneté dans le métier, ni pièce complémentaire exigée au moment de la visite d'un appartement.
- Justificatif d'identité : une pièce en cours de validité avec photographie. Carte nationale, passeport, permis de conduire, titre de séjour pour un candidat étranger.
- Justificatif de domicile : trois dernières quittances de loyer, attestation d'hébergement, dernier avis de taxe foncière ou attestation d'élection de domicile.
- Justificatif d'activité professionnelle : contrat de travail, attestation de l'employeur, carte professionnelle, carte d'étudiant ou extrait d'immatriculation pour un indépendant.
- Justificatif de ressources : dernier avis d'imposition, page de garde comprise, trois derniers bulletins de salaire, justificatif de versement de prestations sociales ou simulation d'aide au logement.
Cette liste est publiée en ligne sur service-public.gouv.fr, et le décret fixant les pièces exigibles se consulte sur legifrance.gouv.fr. Un propriétaire qui sort du cadre ne se trompe pas de bonne foi : le texte est accessible à tous depuis dix ans, et la démarche pour le vérifier prend une minute.
Les dix-sept pièces qu'il n'a pas le droit de demander
La liste des documents interdits figure à l'article 22-2 de la loi du 6 juillet 1989. Elle vise ce qui relève de la vie privée, de la santé, du patrimoine bancaire ou du passé judiciaire. En clair : tout ce qui permettrait de trier les candidats sur autre chose que leur capacité à payer un loyer.
- Vos comptes : relevé de compte bancaire ou postal, attestation de bonne tenue de compte, autorisation de prélèvement automatique, attestation d'absence de crédit en cours, et toute information issue du fichier des incidents de remboursement.
- Votre vie privée : photographie d'identité isolée, carte d'assuré social, contrat de mariage, certificat de concubinage, jugement de divorce hors le paragraphe fixant la pension et la résidence.
- Votre passé : extrait de casier judiciaire, dossier médical personnel, attestation du précédent bailleur certifiant que vous étiez à jour, chèque de réservation du logement.
Une demande hors liste expose le propriétaire à une amende administrative de 3 000 euros, portée à 15 000 euros pour une personne morale. Le montant est rarement appliqué, mais il existe, et la sanction est prononcée par le préfet du territoire concerné. Les pièces collectées à tort sont par ailleurs des données personnelles détenues sans base légale : leur suppression peut être réclamée par lettre, et un refus se conteste. L'article 22-2 ne prévoit aucune exception liée à la situation du candidat ou au type de contrat de location.
Le sujet n'est pas théorique. La fraude documentaire a pris une ampleur telle que les professionnels ont développé des outils de détection, et le débat sur le fichage des mauvais payeurs revient à chaque texte sur le logement. Nous avons détaillé ce que la loi autorise en matière de fichier des locataires, et la frontière est plus nette qu'on ne le croit.

Et le garant, dans tout ça ?
La même logique s'applique. Un garant personne physique fournit les quatre mêmes catégories de justificatifs : identité, domicile, activité, ressources. Ni plus, ni moins. Le propriétaire ne peut pas lui réclamer un relevé bancaire au motif qu'il s'engage sur la dette d'un tiers.
Quand le garant est une personne morale, une banque ou une entreprise, la demande porte sur un extrait d'immatriculation de moins de trois mois et la pièce d'identité du représentant, ou un document attestant du statut de la structure. Un garant établi à l'étranger ne peut pas être refusé pour ce seul motif : la loi interdit d'écarter une caution parce qu'elle ne réside pas en France ou n'a pas la nationalité française.
« Depuis 2 ans, j’ai du mal à joindre les deux bouts. » 🙄
— Bleu Blanc Rouge ! 🇫🇷 (@LBleuBlancRouge) 8 février 2026
Mickaël est un propriétaire quadragénaire parisien (dans le XXe arrondissement) qui vit un véritable CAUCHEMAR depuis 2024.
Il a loué son appartement via une agence immobilière. Le locataire, dont le dossier de location… pic.twitter.com/An5koDzpD9
Reste la garantie Visale, délivrée par Action Logement. Elle couvre les impayés de loyer et les dégradations, et surtout elle simplifie le dossier : seul le visa Visale remis au candidat peut être exigé, à condition qu'il soit encore valide. Aucun autre justificatif de ressources n'a alors à être fourni pour le garant, puisque l'organisme a déjà instruit la situation économique du locataire. L'attestation d'assurance habitation, elle, ne se demande qu'à l'entrée dans les lieux, au moment de l'état des lieux et de la remise des clés.
DossierFacile, le service public que peu de candidats utilisent
L'État a monté son propre outil de constitution de dossier locataire. DossierFacile, disponible sur dossierfacile.logement.gouv.fr, vérifie chaque pièce déposée, appose un filigrane sur les documents pour éviter leur réutilisation frauduleuse, et génère un lien unique à transmettre au bailleur. La plateforme est référencée par service-public.gouv.fr au même titre que les autres démarches en ligne de l'État.
Le service est gratuit et le dossier est vérifié par des agents. Pour un propriétaire, un dossier portant ce sceau réduit le risque de faux, ce qui lui fait gagner du temps. Pour un candidat, c'est un signal de sérieux qui ne coûte rien, et la première étape d'une recherche mieux préparée. La plateforme n'accepte que les pièces prévues par le décret : elle constitue à elle seule un garde-fou contre les demandes abusives, et le guide en ligne de dossierfacile.logement.gouv.fr détaille chaque catégorie.
Ce qui change tout ? Le format. Un dossier électronique complet, classé, lisible sur téléphone, se traite en deux minutes. Une liasse de photos floues envoyées en dix messages finit en bas de la pile, même si le candidat est solvable. Le système utilisé importe peu, à condition que le bailleur puisse saisir d'un regard l'identité, les ressources et la situation professionnelle du locataire.
Ce qui fait passer un dossier devant les autres
La tension rend la sélection brutale. À la rentrée 2026, un studio parisien de 18 mètres carrés a reçu 1 638 demandes de contact en moins d'une semaine. Dans plusieurs grandes villes, le nombre d'annonces disponibles a fondu, au point que des candidats signent sans avoir visité. Nous avons mesuré l'ampleur du recul de l'offre locative : elle dépasse largement le ressenti.
Dans ce marché immobilier sous pression, trois choses font la différence, et aucune ne consiste à en donner plus que le droit ne l'exige.
- La vitesse : les premiers dossiers complets reçus sont les premiers lus. Un dossier prêt avant la visite vaut mieux qu'un dossier parfait envoyé trois jours après.
- La lisibilité : un fichier unique, des pièces nommées, l'ordre du décret respecté. Le bailleur retrouve chaque justificatif sans chercher, qu'il s'agisse du titre d'identité ou du dernier avis d'imposition.
- La cohérence : les montants du dernier avis d'imposition et des bulletins de salaire doivent se répondre. Une incohérence non expliquée fait basculer un dossier solide.
Le réflexe de surcharger son dossier se comprend, mais il se retourne souvent contre le candidat. Ajouter un relevé bancaire pour rassurer, c'est fournir une information que le propriétaire n'a pas le droit d'exiger, et lui donner un motif de comparaison dont il n'a pas besoin. Le contraire de ce que le candidat espère se produit : plus le dossier de location est chargé, moins il est lu. À retenir : on répond à la liste, on ne l'enrichit pas. Réagir vite compte davantage, comme nous l'avons expliqué à propos de la course aux annonces dans les grandes villes.
Trois questions qui reviennent sans cesse
Peut-on refuser de fournir un document interdit ?
Oui, et le refus n'a pas à être justifié. Le candidat peut rappeler la liste publiée sur service-public.gouv.fr et proposer la pièce autorisée équivalente. Un bailleur qui maintient sa demande s'expose à l'amende, et le signalement peut être fait auprès de l'agence départementale d'information sur le logement de son secteur.
Combien de bulletins de salaire faut-il fournir ?
Trois, au maximum. Le décret parle des trois derniers bulletins de salaire. Un propriétaire qui en réclame six ou douze sort de la liste, même si l'usage s'est répandu dans certaines agences.
Le dossier peut-il être transmis uniquement sous forme électronique ?
Rien n'oblige à remettre des originaux papier. La transmission par voie électronique est admise, et le lien généré par dossierfacile.logement.gouv.fr vaut dossier complet. Le bailleur conserve le droit de demander à voir un original au moment de la signature du bail.
Connaître la liste ne garantit pas d'obtenir le logement. Elle évite en revanche de livrer des informations qui ne regardent personne, et elle place le candidat et le propriétaire sur le même terrain : celui d'un dossier complet, vérifiable, et conforme à ce que le texte prévoit. Trois adresses suffisent pour tout vérifier : service-public.gouv.fr pour la liste des pièces, legifrance.gouv.fr pour le décret, dossierfacile.logement.gouv.fr pour déposer son dossier de location.












