Six mois de préavis, zéro sortie anticipée : pourquoi des propriétaires paient leur locataire
Six mois de préavis, zéro sortie anticipée : pourquoi des propriétaires paient leur locataire
Certains propriétaires paient leur locataire pour qu'il quitte le logement plus vite. L'indemnité de départ reste parfaitement légale, mais hors échéance du bail aucun congé ne s'impose : six mois de préavis, trois motifs, une lettre recommandée. Seul un accord signé par les deux parties permet une fin anticipée.

Sommaire
Pourquoi un propriétaire en arrive à payer celui qui occupe son logement
La scène se répète dans les cabinets de gestion locative. Un bailleur veut vendre le logement, un autre veut reprendre le logement pour y installer un enfant, un troisième ne supporte plus des mois de loyer impayés. Tous découvrent la même règle : le congé du propriétaire dépend d'un calendrier qui ne lui appartient pas, et le locataire d'un logement vide garde six mois de préavis devant lui.
Un bail d'habitation ne se brise pas sur décision unilatérale du bailleur. La loi du 6 juillet 1989 verrouille la fin du contrat de location du côté propriétaire et la laisse ouverte du côté locataire. Résultat : celui qui loue son bien attend l'échéance du bail, parfois deux ans, parfois plus si le contrat a été reconduit tacitement.
D'où cette solution que personne n'enseigne mais que beaucoup pratiquent : proposer une somme d'argent, une aide au déménagement ou plusieurs mois de loyer offerts pour que le locataire quitte les lieux à une date convenue. Une négociation, pas une procédure. Le locataire peut refuser, et son refus ne se sanctionne pas.
En clair, l'indemnité de départ n'est pas un droit du bailleur. C'est un achat de temps.
Ce que la loi du 6 juillet 1989 autorise, et ce qu'elle interdit
Le texte qui régit la location vide de résidence principale encadre le congé du propriétaire de façon stricte. Trois motifs, aucun autre, et un préavis long. Comprendre ces conditions, c'est comprendre pourquoi la négociation existe.
Les trois seuls motifs de congé du bailleur
Un propriétaire ne peut donner congé que pour vendre le logement, pour le reprendre afin d'y habiter ou d'y loger un proche, ou pour un motif légitime et sérieux tenant généralement à un manquement du locataire. Cette liste ferme la porte à tout le reste : envie de relouer plus cher, projet flou, changement d'avis.
Le motif légitime et sérieux n'a jamais reçu de définition précise dans le contrat social entre bailleurs et occupants. La jurisprudence a construit des exemples au fil des décisions : retards répétés à payer le loyer, troubles de voisinage caractérisés, absence d'assurance habitation, sous-location interdite, travaux de réhabilitation lourds. Le juge apprécie chaque situation, et l'appréciation n'est jamais acquise d'avance.
La reprise pour habiter obéit à une exigence de sincérité. Le bailleur doit indiquer le nom et l'adresse du bénéficiaire ainsi que la nature du lien qui les unit. Un conjoint, un concubin notoire depuis au moins un an, un ascendant, un descendant, un enfant : le cercle est défini. Une reprise annoncée puis jamais suivie d'occupation réelle se retourne contre son auteur.
La forme du congé ne pardonne rien
Trois canaux, et trois seulement. La lettre recommandée avec avis de réception, l'acte de commissaire de justice, ou la remise en main propre contre récépissé ou émargement. Un courriel ne vaut rien, même si le locataire répond qu'il l'a bien reçu. Un appel téléphonique encore moins.
Le document doit préciser le motif allégué. En cas de congé pour vente, il vaut offre de vente et indique le prix ainsi que les conditions de la cession. Une notice d'information officielle doit être jointe au congé pour reprise ou pour vente, sous peine de nullité. Un congé irrégulier ne produit aucun effet : le bail continue, et le calendrier repart de zéro.
Le délai se compte à partir de la réception, pas de l'envoi. Une lettre recommandée remise un 12 mars fait courir le préavis à compter de cette date. Si le locataire ne retire jamais le pli, le préavis ne court pas : le congé doit alors être délivré par commissaire de justice. Les propriétaires qui confient leur bien à un professionnel de la gestion locative gagnent surtout cela : la certitude que la date est incontestable.
Six mois de préavis : le calendrier qui coince
Pour une location vide, le congé du bailleur doit parvenir au locataire au moins six mois avant la fin du bail. Pour un meublé, le délai tombe à trois mois. Ces durées ne se négocient pas à la baisse dans le contrat de location : toute clause qui réduirait ce préavis serait écartée.
Le piège tient à la seconde condition. Le congé ne peut produire effet qu'à l'échéance du bail, pas à une date choisie. Un bail vide signé pour trois ans avec un bailleur personne physique, reconduit tacitement, n'ouvre une fenêtre de sortie que tous les trois ans. Rater la fenêtre de six mois, c'est attendre le cycle suivant.
Prenons un exemple concret. Un contrat conclu le 1er juin 2024 pour trois ans arrive à son terme le 31 mai 2027. Le propriétaire qui veut reprendre le logement doit avoir notifié son congé au plus tard le 30 novembre 2026. S'il s'y prend en janvier 2027, il est hors délai : le bail se reconduit jusqu'en 2030.
Voilà le vrai moteur de l'indemnité. Face à trois années d'attente, une somme versée au locataire pour qu'il quitte les lieux dans les semaines qui viennent change complètement l'équation financière d'une vente ou d'un projet familial.
Combien se négocie un départ à l'amiable
Aucun barème n'existe. Le législateur n'a fixé ni plancher ni plafond, et aucune décision de justice ne s'impose comme référence. Le montant se discute librement entre les deux parties, ce qui déroute les propriétaires habitués à des règles écrites.

Dans la pratique, les accords s'appuient sur quelques repères simples. Le premier est le montant mensuel du loyer, qui sert d'unité de compte : la compensation s'exprime presque toujours en nombre de mois offerts ou versés. Le deuxième est le coût réel du déménagement pour la personne qui part, déplacement compris. Le troisième est ce que l'attente coûterait au bailleur s'il ne faisait rien.
Ce dernier point mérite un calcul honnête. Garder un logement occupé pendant deux ans de plus quand on projetait de le vendre représente un manque à gagner, parfois une vente perdue, parfois un crédit relais qui court. Comparée à ce total, une compensation de quelques mois de loyer apparaît souvent comme la solution la moins chère. C'est ce raisonnement, et pas la générosité, qui explique la diffusion de la pratique.
Les formes varient autant que les montants. Certains bailleurs versent une somme forfaitaire à la remise des clés. D'autres préfèrent une gratuité de loyer sur les derniers mois d'occupation, plus simple à tracer. D'autres encore prennent en charge le dépôt de garantie du futur logement ou les frais d'agence. Toutes ces variantes se valent juridiquement, à condition d'être écrites.
Une chose ne se négocie pas : la compensation de départ ne se confond jamais avec le dépôt de garantie. Celui-ci reste dû selon les règles habituelles, restitué après l'état des lieux de sortie, dans un délai d'un mois quand aucune dégradation n'est relevée, de deux mois dans le cas contraire. Mélanger les deux dans un même chiffre crée un litige presque assuré.
Ce que doit contenir l'accord écrit
Un accord verbal ne protège personne. Le document signé par les deux parties, souvent appelé protocole de résiliation amiable, met fin au bail avant son terme normal et fixe les obligations de chacun. Il se rédige en deux exemplaires, daté et signé.
- La date de départ effective : le jour où le locataire quitte le logement et rend les clés, sans ambiguïté sur l'heure ni sur la semaine.
- Le montant et la date de paiement : la somme exacte, le moyen de règlement, et le moment précis où elle est versée, généralement à la remise des clés.
- L'état des lieux de sortie : sa date, sa forme, et le sort du dépôt de garantie qui en découle.
- Le loyer et les charges jusqu'au départ : qui paie quoi, et jusqu'à quelle date, pour éviter une régularisation conflictuelle après coup.
Un point technique échappe souvent aux propriétaires pressés. Résilier le bail d'un commun accord n'est pas donner congé : les règles de forme du congé, lettre recommandée et délais compris, ne s'appliquent pas à un protocole signé par les deux parties. En revanche, l'accord ne peut pas priver le locataire de droits d'ordre public, comme la restitution du dépôt de garantie ou la remise d'un état des lieux contradictoire.
Le bon réflexe consiste à faire relire le document avant signature. Les agences départementales d'information sur le logement, réseau public gratuit, répondent à ce type de question, tout comme le site officiel de l'administration. Un contact pris en amont coûte moins cher qu'une instance judiciaire six mois plus tard.
Quand c'est le locataire qui met fin au bail
La symétrie n'existe pas, et c'est là tout le sujet. Un locataire d'un logement vide peut résilier le bail à tout moment, sans motif, avec un préavis de trois mois. Il lui suffit d'une lettre recommandée avec avis de réception, d'un acte de commissaire de justice ou d'une remise en main propre contre signature.
Ce préavis tombe à un mois dans plusieurs situations, et la liste compte davantage de cas que la plupart des bailleurs ne l'imaginent :
- La zone tendue : le logement se situe dans une commune où s'applique la taxe sur les logements vacants, ce qui couvre les grandes agglomérations et une large part du littoral.
- Le travail : obtention d'un premier emploi, mutation professionnelle, perte d'emploi, ou embauche qui suit directement une telle perte.
- La santé : état de santé justifiant un changement de domicile, constaté par un certificat médical, sans condition d'âge.
- Les aides et le logement social : bénéficiaire du revenu de solidarité active ou de l'allocation aux adultes handicapés, ou attribution d'un logement du parc d'un bailleur social.
Dans chacun de ces cas, le locataire doit fournir un justificatif et mentionner le motif dans sa lettre. À défaut, le préavis de trois mois s'applique malgré tout. Le logement meublé échappe à ce débat : un mois, toujours, sans condition.
Le locataire reste tenu de payer le loyer et les charges pendant toute la durée du préavis, sauf si un nouvel occupant entre dans les lieux plus tôt avec l'accord du bailleur. Une précision qui pèse lourd dans les négociations : proposer un remplaçant immédiat est parfois la meilleure monnaie d'échange.
Pour vérifier les délais applicables à une situation précise, la fiche officielle sur le préavis du congé donné par le locataire publiée par service-public.gouv.fr détaille chaque cas de réduction et les justificatifs attendus.
Impayés : le déclencheur le plus fréquent
Derrière une bonne partie des départs négociés, il y a des loyers qui ne rentrent plus. Le propriétaire qui subit des impayés ne cherche pas seulement à récupérer son bien : il veut arrêter l'hémorragie, et il sait que la procédure sera longue.
La quasi-totalité des contrats de location contiennent une clause résolutoire. Elle prévoit la résiliation automatique du bail en cas de défaut de paiement, mais elle ne s'active pas toute seule. Il faut un commandement de payer délivré par acte de commissaire de justice, puis attendre le délai légal avant de saisir le juge des contentieux de la protection.
Ce délai a été raccourci par la loi du 27 juillet 2023 : six semaines au lieu de deux mois. Le raccourcissement ne change pas grand-chose à la durée totale, qui se compte en mois une fois l'audience obtenue, le jugement rendu et le commandement de quitter les lieux signifié. Deux mois supplémentaires courent alors avant toute intervention de la force publique.
À cela s'ajoute la trêve hivernale, du 1er novembre au 31 mars, pendant laquelle aucune expulsion ne peut être exécutée. Un dossier lancé en septembre ou en octobre se retrouve mécaniquement repoussé au printemps. Face à ce calendrier, une somme versée contre un départ volontaire dans les quinze jours prend une autre allure.
La démarche se déroule toujours dans le même ordre : notification par l'huissier devenu commissaire de justice, délai de régularisation, puis saisine du tribunal. Le bailleur qui veut saisir le juge doit adresser son assignation en respectant un préavis de notification au représentant de l'État dans le département, sous peine d'irrecevabilité. Suivre chaque étape sans erreur de forme conditionne toute la suite, et la moindre irrégularité renvoie le dossier à son point de départ.
Le sujet des garanties mérite d'être posé en amont plutôt qu'après coup : nous avons détaillé ailleurs ce que couvrent réellement les assurances et les garants dans le locatif. La question de la solvabilité des candidats revient aussi régulièrement dans le débat public, jusqu'aux projets de fichier des locataires mauvais payeurs que la loi interdit aujourd'hui.
Les locataires que la loi protège contre le congé
Un propriétaire peut avoir le motif, la forme et le délai, et se heurter quand même à un mur. La protection des occupants âgés et modestes constitue la principale limite au congé du bailleur.
Quinze mois sans loyer, près de 9000 euros dus… et pas un centime récupéré malgré une décision de justice.
— Figaro Immobilier (@Le_Figaro_Immo) 24 septembre 2026
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Le mécanisme joue quand le locataire a plus de soixante-cinq ans à la date d'échéance du bail et que ses ressources annuelles restent sous un plafond fixé par référence aux plafonds du logement social. Dans ce cas, le bailleur ne peut donner congé sans proposer un relogement correspondant aux besoins et aux possibilités de la personne, dans un périmètre géographique proche.
L'exception existe : la protection tombe si le propriétaire a lui-même plus de soixante-cinq ans à la même date, ou si ses propres ressources se situent sous le plafond. Le législateur a voulu éviter qu'un petit bailleur modeste soit privé de son propre logement au profit d'un occupant protégé.
L'âge s'apprécie à l'échéance du bail et les ressources à la date de notification du congé, pas au moment où l'idée germe. Un locataire qui atteindra soixante-cinq ans quelques semaines avant la fin du bail entre dans le dispositif. Beaucoup de congés annulés le sont pour ce motif, découvert trop tard.
Congé frauduleux : ce que risque le propriétaire
Annoncer une reprise pour ne jamais occuper le logement, afficher un prix de vente manifestement hors marché pour décourager le locataire, inventer un motif : ces pratiques portent un nom et une sanction.
Le congé frauduleux expose à une amende pénale pouvant atteindre six mille euros pour une personne physique et trente mille euros pour une personne morale, indépendamment des dommages et intérêts que le juge peut accorder au locataire évincé. La sanction vise précisément les contournements que la négociation amiable rend inutiles.
Le locataire qui conteste dispose de deux voies. La commission départementale de conciliation, gratuite, permet souvent de dénouer un désaccord sur la validité d'un congé sans passer par le tribunal. Le juge des contentieux de la protection tranche ensuite, s'il le faut. Sur le fond, la charge de prouver la réalité du motif pèse sur le bailleur, pas sur l'occupant.
Une indemnité de départ correctement documentée présente l'avantage inverse : elle repose sur un accord signé, daté, sans motif à justifier. C'est précisément ce qui la rend attractive pour les propriétaires bien conseillés. La fiche officielle consacrée au préavis et aux formalités du congé donné par le propriétaire sur service-public.gouv.fr récapitule les mentions obligatoires et les sanctions encourues.
Ce que la Cour de cassation a tranché sur le congé pour reprise
La jurisprudence de la Cour de cassation a précisé, décision après décision, ce que la loi laissait ouvert. Les arrêts rendus en matière de baux d'habitation dessinent une ligne claire : la forme protège le locataire, le fond protège le propriétaire sincère.
Premier enseignement, le congé doit indiquer l'identité exacte du bénéficiaire de la reprise. Un congé qui mentionne seulement « pour reprise familiale » a été jugé nul faute de nom et d'adresse. L'époux, le partenaire de pacte civil de solidarité, le concubin notoire depuis au moins un an, les ascendants et les descendants figurent dans le cercle autorisé ; un neveu ou un ami n'y entrent pas.
Deuxième enseignement, le caractère réel de la reprise se contrôle après coup. Un bénéficiaire qui n'occupe jamais les locaux, ou qui les quitte au bout de quelques semaines, expose le bailleur à une condamnation à des dommages et intérêts. Le juge examine alors les circonstances : travaux annoncés puis jamais engagés, remise en location immédiate, offre de vente publiée dans la foulée du départ.
Troisième enseignement, la charge de la preuve pèse sur celui qui a délivré le congé. Le locataire évincé n'a pas à démontrer la fraude : il lui suffit de rapporter des indices sérieux, et le propriétaire doit alors établir la réalité de son intention. Une condamnation reste possible plusieurs mois après le départ effectif.
Une décision de la Cour illustre bien la logique retenue : le bénéficiaire annoncé, époux ou concubin, doit pouvoir justifier d'une installation effective, faute de quoi la condamnation suit. Un propriétaire qui souhaite simplement récupérer son bien pour le relouer n'entre dans aucun des cas prévus par l'article 15.
Voilà pourquoi l'accord amiable séduit les professionnels de la transaction immobilière. Un protocole signé ne s'attaque ni sur le motif ni sur la sincérité : il ne repose sur aucun des deux.
Meublé, colocation, baux successifs : les situations particulières
Le régime décrit jusqu'ici vaut pour la location vide de résidence principale. D'autres configurations obéissent à des règles voisines mais distinctes, et les confondre coûte cher.
La location meublée raccourcit tous les délais. Le bail dure un an, neuf mois pour un étudiant, et le congé du bailleur se délivre trois mois avant l'échéance au lieu de six. Le locataire d'un logement meublé, lui, part quand il veut avec un mois de préavis, sans avoir à fournir un justificatif ni à respecter la moindre condition de zone. La négociation d'un départ anticipé y perd une bonne part de son intérêt : l'attente est courte par nature.
La colocation ajoute une difficulté de taille. Lorsque plusieurs personnes ont signé le même contrat de location, le congé du bailleur doit être notifié à chacune d'elles. Un seul colocataire qui accepte une indemnité ne met pas fin au bail : il libère sa place, et la clause de solidarité continue de produire ses effets à l'égard des autres pendant la période prévue au contrat.
Le renouvellement des baux mérite lui aussi un mot. En l'absence de congé régulier, le contrat se reconduit tacitement aux mêmes conditions, pour trois ans avec un bailleur personne physique, six ans avec une personne morale. Le propriétaire qui souhaite seulement réviser le loyer ne passe pas par un congé mais par une proposition de renouvellement adressée dans le même délai de six mois.
- Bail mobilité : de un à dix mois, non renouvelable, aucun dépôt de garantie, et un préavis d'un mois pour l'occupant.
- Logement social : un bailleur social ne peut donner congé que dans des cas limités, et la sous-occupation ouvre un droit à proposition de relogement plutôt qu'une sortie sèche.
- Travaux lourds : des réparations importantes ne suspendent pas le bail ; elles ouvrent selon leur durée un droit à réduction du loyer au profit de l'occupant.
Une dernière précision concerne la visite du bien. Pendant le préavis, le locataire doit laisser visiter le logement deux heures par jour ouvrable au maximum, selon des horaires convenus entre les parties. Un refus systématique constitue un manquement, mais il ne permet pas de raccourcir le délai en cours ni d'avancer la date de fin du bail.
La caution, enfin, ne disparaît pas avec un départ négocié. La personne qui s'est portée garante reste tenue des sommes dues jusqu'au jour où l'occupant quitte réellement les lieux, et l'accord doit le dire expressément pour éviter qu'elle soit poursuivie après coup. En location meublée comme en location vide, ce point se vérifie avant toute signature.
Où trouver une information fiable avant de signer
Le premier réflexe utile ne coûte rien. Le réseau des agences départementales d'information sur le logement, les ADIL, conseille gratuitement bailleurs et occupants sur tout ce qui touche au bail d'habitation. Un juriste y répond par téléphone ou en rendez-vous, sans vendre de prestation derrière.
Le service public en ligne constitue la deuxième source à consulter systématiquement : chaque fiche y est datée et mise à jour, ce qui permet de vérifier qu'une règle lue ailleurs est toujours en vigueur. Les modèles de lettre disponibles sur ce site couvrent le congé du locataire comme la contestation d'un congé reçu.
Un modèle de protocole de résiliation amiable se trouve facilement, mais il se relit ligne à ligne. Les documents circulant librement sur internet mélangent parfois les régimes, en important des notions de bail commercial qui n'ont aucun sens en habitation. Le terme d'indemnité d'éviction, par exemple, appartient au droit des baux commerciaux : l'employer dans un accord d'habitation n'a aucune portée juridique et brouille l'interprétation en cas de litige.
Pour un dossier déjà tendu, le passage par un commissaire de justice ou un avocat se justifie. Le coût d'une consultation reste sans commune mesure avec celui d'une instance de plusieurs mois. Un propriétaire bien informé perd rarement du temps ; un propriétaire qui improvise en perd toujours.
État des lieux, clés, dépôt de garantie : la sortie se prépare
Un départ négocié réussi se joue autant dans les derniers jours que dans la discussion sur le montant. L'état des lieux de sortie doit être établi de façon contradictoire, en présence des deux parties ou de leurs représentants, et comparé à celui d'entrée.
Le document engage. Une dégradation constatée à la sortie et absente à l'entrée justifie une retenue sur le dépôt de garantie, chiffrée et documentée par un devis ou une facture. À l'inverse, l'usure normale liée au temps d'occupation ne se facture pas au locataire qui quitte le logement.
La remise des clés marque la fin effective de l'occupation. Tant qu'elle n'a pas eu lieu, le loyer continue de courir, même si les meubles sont partis. Les accords les plus solides font coïncider trois événements le même jour : l'état des lieux de sortie, la remise des clés et le versement de la compensation convenue.
Un dernier détail administratif évite des semaines de courriers : le locataire doit communiquer sa nouvelle adresse pour la restitution du dépôt de garantie et la régularisation des charges. Sans elle, le délai légal de restitution ne commence pas à courir dans de bonnes conditions, et le litige naît d'un oubli plutôt que d'un désaccord.
Les erreurs qui coûtent le plus cher
Les dossiers qui dérapent se ressemblent. Quelques réflexes suffisent à éviter la majorité des conflits observés sur ce type d'accord.
- Payer avant le départ : verser la totalité de la somme des semaines à l'avance laisse le bailleur sans levier si la date glisse. Le paiement à la remise des clés protège les deux parties.
- Rester à l'oral : un accord non écrit ne se prouve pas. Un document d'une page signé vaut mieux qu'une promesse échangée par messages.
- Confondre accord amiable et congé : un protocole signé ne remplace pas un congé régulier si l'autre partie change d'avis avant signature.
- Oublier la fenêtre de préavis : négocier en parallèle d'un congé régulièrement délivré laisse une porte de sortie si la discussion échoue.
Ce dernier point est le plus utile. Un propriétaire avisé notifie son congé dans les délais lorsque l'échéance approche, puis ouvre la discussion sur un départ anticipé. Si l'accord se conclut, tant mieux. S'il échoue, le congé produit ses effets à l'échéance, et rien n'est perdu.
Le marché locatif rend la négociation plus fréquente
La tension sur le parc privé explique en partie la diffusion de ces accords. Trouver un nouveau logement prend du temps, ce qui réduit la disposition des occupants à partir vite sans compensation. Dans les zones où l'offre manque, la somme demandée grimpe naturellement.
Le contexte fiscal et réglementaire pousse dans le même sens. Entre le calendrier du diagnostic de performance énergétique, l'encadrement des loyers dans certaines communes et les arbitrages sur la fiscalité des bailleurs, les propriétaires ajustent leur stratégie plus souvent qu'avant. Nous avons décrit ces évolutions dans notre point sur le statut du bailleur privé et ce qui change pour les propriétaires.
Pour les locataires, cette pratique ouvre une marge de manœuvre réelle. Recevoir une proposition de départ anticipé n'oblige à rien : le refus est un droit, et il ne peut fonder aucun motif de congé ultérieur. Accepter suppose d'avoir chiffré son propre coût, déménagement, frais d'installation et éventuelle hausse de loyer comprise.
Questions fréquentes sur le congé et l'indemnité de départ
Un propriétaire peut-il imposer un départ contre une indemnité ?
Non. Aucune disposition ne permet d'imposer une sortie anticipée, même contre paiement. Le locataire accepte ou refuse librement. Un refus ne constitue ni une faute ni un motif légitime et sérieux, et ne peut donc pas servir de base à un congé.
L'indemnité de départ est-elle encadrée par un barème ?
Aucun barème légal n'existe pour un bail d'habitation. Les parties fixent le montant librement, en général par référence au loyer mensuel et au coût du déménagement. L'accord écrit fait foi entre elles.
Faut-il un commissaire de justice pour signer l'accord ?
Non, un acte sous seing privé en deux exemplaires suffit. L'intervention d'un commissaire de justice reste utile pour un constat d'état des lieux contesté, ou pour sécuriser une remise de clés dans un dossier déjà conflictuel.
Le locataire doit-il payer le loyer jusqu'à la date convenue ?
Oui, sauf stipulation contraire de l'accord. Beaucoup de protocoles prévoient une gratuité sur les dernières semaines en guise de compensation, ce qui revient au même résultat économique et simplifie la comptabilité du bailleur.
À retenir : le congé reste un acte formel, long et contrôlé, quand l'accord amiable reste un contrat libre et rapide. La différence entre les deux se chiffre en mois, parfois en années, et c'est exactement ce que le propriétaire achète.












